mardi 20 décembre 2011

INDIGNEZ-VOUS!

Portrait de Stephane Hessel, auteur de "Indignez-vous".
Linogravure de Benjamin Baret

 Stephane Hessel, le premier indigné.

Qui est-il?
    C'est un vieux bonhomme de 94 ans, né en 1917 à Berlin pendant la révolution soviétique et la 1ére guerre mondiale.
    Il se retrouve en France en 1924, croise réguliérement Marcel Duchamp (un voisin), puis intégre l'Ecole Normale Supérieure en 1939 après un baccalauréat philosophie obtenu à 15 ans, et une  hypokhâgne à Louis Le Grand (par désintérêt pour ses études en sciences politiques.).
Il rejoint la résistance, se fait capturer, déporter, mais parvient à survivre puis à s'évader.
    Il participe ensuite à l'écriture de la charte internationale des droits de l'homme en 1946. Il continue sa carrière de diplomate, défendant farouchement la décolonisation. Il devint ambassadeur de France à l'ONU en1977, puis ambassadeur de France tout court en 1981.
   Il siégera dans de nombreux "hauts conseils" et "hautes autorités" jusqu'en 1990, tout en restant intègre aux principes fondamentaux des droits de l'homme, contre la corruption et la dictature, sous toutes ses formes, y compris financière. Ce qui n'est pas sans déplaire à l'Elysée.
    Stéphane Hessel milite pour de nombreuses causes: il est président de l'association pour la formation des travailleurs africains et malgaches, il soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif  Non-Violence XXI, il est parrain du centre d'accueil et d'orientation pour mineurs isolés étrangers demandeurs d'asile de Boissy-Saint-Léger, il dénonce à très juste titre les agissements militaires de l'Etat d'Israël depuis 2006, qualifiant ses actes de "crimes contre l'humanité", etc...
    Mais si Stephane Hessel est connu avant tout aujourd'hui, c'est pour son petit livre (environ 20 pages), intitulé Indignez-vous. Cet ouvrage, sorti en 2010, est devenu un best-seller.
Tellement de manifestants, de la place Tahir à Wall-Street, en passant par Athènes ou la Plaza del Sol brandissaient cet ouvrage!




Ma perception sur le mouvement des indignés, leurs aspirations et leur combat:

    Lors des manifestations contre la réforme des retraites, j'étais étonné de voir autant de jeunes dans les rues. "Nous n'aurons pas de retraites si nous gardons ce système! Le mal vient de bien plus loin! C'est le totalitarisme de l'argent, le réel problème", me disais-je. "Pourquoi défilons-nous sous des bannières syndicales qui ne montrent pas du tout nos vraies convictions?" Les retraites, bien sûr, n'étaient pour nous qu'un prétexte à crier le mécontentement global de la jeunesse.
    Puis il y eut les manifestations espagnoles, rassemblant des foules considérables, et luttant contre ce système pourri par la cupidité et le matérialisme. "Occupy Wall Street" naissait peu aprés, rompant avec toutes les manifestations françaises au parcours syndicalement pré-établi. Ils ne faisaient pas que passer dans des rues, ils campaient devant le berceau de leur ennemi. C'était terriblement beau!
    Les indignés ne veulent pas entrer en politique. A Bruxelles, lors d'une manifestation devant le parlement, ils furent invités à entrer, mais déclinèrent l'offre. Ils considéraient que s'ils voulaient changer le système, ils ne devaient pas entrer dans ses rouages: "notre démocratie n'entre pas dans votre parlement", ont-ils déclaré. Pourquoi les indignés ne veulent-ils pas accepter que leur combat soit politique? Ils ne veulent tout simplement pas entrer dans les carcans des logiques politiciennes passées et actuelles. Apartisan ne signifie pas apolitique. 
Bien au contraire, et surtout aujourd'hui : il s'agit justement d'un choix politique que de refuser le cadre actuel.

    La principale lutte des indignés est, il me semble, la lutte contre les dérives de la Finance, afin de remettre l'humain au coeur de la société. Bien des propositions sont nées, mais malheureusement aucune n'a été écoutée.
    Leurs revendications ne se limitent pas à la simple volonté d'une juste répartition des richesses: ils veulent un retour de la dignité humaine. Parce que nous sommes revenus à un système féodal: aujourd'hui, 99% de la population mondiale valent autant économiquement parlant que les derniers 1%.
     Donc les ultra riches sont nos nouveaux rois, et nous payons au prix fort les taxes seigneuriales, les guerres saintes, les droits de cuissage et autres aberrations que l'on croyait avoir abolies. Et les indignés s'en rendent compte! Et ses folies les révulsent.
    Ils refusent de subir une crise que les banques et le système capitaliste ultra libéral a créé.

   Cependant, la création d'un nouveau système nécessite une avancée, donc des acquiescements avant tout. Oui pour une nouvelle forme de démocratie, oui pour le réajustement des valeurs, oui pour liberté, égalité, fraternité!

    Or les indignés sont, par définition, indignés par quelque chose, donc contre cette même chose. Nous ne pouvons rien créer si nous sommes sceptiques, il faut être pour, et pas seulement contre! Le livre indignez-vous de Stephane Hessel finit en ces termes:

"CREER, C'EST RESISTER.
RESISTER, C'EST CREER!"

Le nouveau tournant que le mouvement est en train de prendre est donc une suite logique à l'indignation: ils essaient de créer une nouvelle constitution, un nouveau modéle économique centré sur l'homme et non les richesses. Bien sûr, cela prend du temps, mais le mouvement est encore trés jeune. Il s'organise peu à peu, et prendra sûrement trés prochainement beaucoup d'importance.

    Aujourd'hui, les indignés s'essoufflent un peu: il fait froid, ça devient vraiment fatigant de camper sous la neige, sans compter la multiplication des violences policiéres et l'éparpillement du mouvement initial dans de multitudes de sous-parties. Mais les idées continuent à fuser, les propositions se multiplient, des textes fédérateurs s'écrivent. Ce n'est pas une hibernation, mais une pause physique.
    La crise nous sourit de plus en plus, la misére grandit, notre trés cher président continue à faire n'importe quoi, et les 99% payent encore les pots cassés. Alors l'indignation se poursuit. Le printemps qui arrive sera certainement chaud, et lorsque les indignés seront légion, beaucoup de choses vont certainement changer.
    2012 ne signifie pas pour les mayas la fin du monde, comme on le pense, mais le début d'un nouveau cycle (le 2éme).


Parce qu'il y a aussi des lacunes chez les indignés français:
    
    Les Indignés très militants sont souvent des jeunes. Ils campent pour occuper des places et faire ainsi plier les gouvernements. Mais par le nombre limité de participants en France, le seul fait d'occuper une place ne permet pas de changer les moeurs. De plus, bon nombre de ces occupants décrédibilisent le mouvement par leurs déguisements ou leurs comportements. "PRENONS LA REVOLUTION AU SERIEUX (mais ne nous prenons pas au sérieux)", lisait-on sur les murs en 68. Les valeurs et les revendications des Indignés sont justes, mais en France, leurs représentations ne les reflètent pas!
    Le but est de rendre cette indignation globale! Peut-on convaincre quelqu'un de la menace qui le harangue affublé d'un nez rouge? Voilà la vraie polémique: les gens ne se sentent pas concernés, parce qu'ils croient voir des jeunes s'amusant à faire la révolution. Ou bien simplement parce qu'ils sont trop fatalistes pour pouvoir espérer un changement. Selon Stéphane Hessel, "l'indifférence est la pire des attitudes".
    Pourtant, la toute puissante télé ne vocifère plus que des râles d'indignations face au système, et les journaux en font de même. Alors qu'est-ce qui retient la France? Pourquoi ne veulent-ils pas participer au mouvement? Parce que ce n'est pas encore assez la crise, ou bien parce que c'est tellement la crise qu'ils en ont peur? Ou bien parce qu'ils ne se sentent pas les bienvenus dans ce mouvement, et qu'ils ne voient pas ce qu'ils pourraient lui apporter? 


Des articles et sites à propos des Indignés:
Le site des indignés: http://www.unitethe99.org/
Un site-reportage sur les indignés à travers le monde par arte: http://www.arte.tv/fr/103288,CmC=4256396.html
Un reportage audio par une indignée sur "le revenu inconditionnel d'existence": http://audioblog.arteradio.com//sophiegriffon/frontUser.do?method=getHomePage

Les articles indignants trouvés dans l'actualité ces derniers temps:
La faim dans le monde: Jean Ziegler : « Les spéculateurs devraient être jugés pour crime contre l’humanité ». Source: http://www.bastamag.net/article1995.html
Un article montrant la culpabilité des oligarques dans cette crise: http://nationalemancipe.blogspot.com/2011/12/mondialisation-delocalisations.html
Les grecs qui se font contaminer par le sida pour obtenir d'avantage d'aides sociales:
http://www.marianne2.fr/Grece-quand-le-sida-devient-une-planche-de-survie_a212795.html

3 commentaires:

Anonyme a dit…

heu à propos de la biographie de Stephan Hessel il manque quelques lignes de 1946 aux années 80 que je vous prierait de compléter, par vos recherches que je souhaite fructueuses (que de surprises vous attendent)+

benrhamin a dit…

Bien sûr, de grandes parts de sa vie sont à peine abordées. Le problème est de résumer de maniére succinte toute une vie. Les choix de biographie de Stephane Hessel dans cet article sont dus au besoin de concision sur un sujet aussi vaste. Mais on peut retrouver les parties manquantes si l'on s'y intéresse...

Fred Pignet a dit…

Anonyme tu as l'air de connaître ce passage de 1946 a 80 peux tu nous en dire plus STP